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Anniversaire

Le CNRS a 70 ans

Créé le 19 octobre 1939 à l'initiative de Jean Perrin, le CNRS révolutionne la recherche française. Il donne un statut aux chercheurs et favorise le travail en équipes associant plusieurs disciplines. Soixante-dix ans ont passé, et il ne réunit aujourd'hui pas moins de 30 000 personnes et de 1 100 laboratoires. L'historien Denis Guthleben revient sur cette épopée dans un ouvrage à paraître. Flash-back en images…

Avant la création du CNRS, en 1939, il n'y avait pas de véritable ambition nationale pour la recherche française », analyse Denis Guthleben, ingénieur de recherche, attaché scientifique au Comité pour l'histoire du CNRS et auteur d'un livre à paraître sur ce sujet. « Songez surtout que le métier ou l'appellation même de chercheur n'existait pas ! On parlait plutôt de “savants”, et ces hommes, qui travaillaient souvent chacun seul de son côté, étaient salariés de l'État en tant que professeurs dans les universités ou dans les grandes écoles. Leurs travaux de recherche n'étaient donc pas considérés comme leur occupation principale et devaient passer après les tâches d'enseignement dans leur emploi du temps », rappelle l'historien. Le CNRS a donc littéralement révolutionné la recherche française en « inventant » un statut pour les chercheurs et en organisant leur travail en équipes, souvent pluridisciplinaires, fortes des synergies que l'on sait.

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© CNRS/Palais de la Découverte

Jean Perrin, Prix Nobel de physique qui s'est battu pour organiser la recherche française, est considéré comme le « père » fondateur du CNRS.


Bien sûr, créer un tel organisme, aujourd'hui acteur incontournable au niveau international, ne s'est pas fait en un jour. L'idée et la volonté tenace d'y parvenir en reviennent tout au moins à un seul homme, Jean Perrin. Quand il reçoit le prix Nobel de physique pour ses travaux sur la structure de la matière, en 1926, le savant de renom constate que la recherche scientifique dans notre pays aurait beaucoup à gagner en s'inspirant de nos voisins allemands. « Chez eux par exemple, la KWG1, organisme public pour le développement de la science, avait instauré dès 1911 le principe du financement des recherches scientifiques au sein de grands instituts », souligne Denis Guthleben. Tandis qu'en France, qui fonctionne surtout à coup de prix et de distinctions, on ne pense qu'à récompenser ceux qui ont déjà fait une découverte… Pour mettre fin à cette situation qui a dû décourager nombre de vocations, et pour « décloisonner » la recherche française, Jean Perrin va œuvrer en plusieurs temps.
En 1927, grâce à l'appui financier du philanthrope Edmond de Rothschild, Jean Perrin crée d'abord à Paris l'Institut de biologie physico-chimique, avec le chimiste André Job et le physiologiste André Mayer. « Cette volonté de rassembler différentes disciplines marque clairement le début du projet de Perrin », insiste Denis Guthleben. Bien vite, le savant songe à ce que la même démarche pourrait donner à l'échelle du pays… « Il sait qu'elle permettrait une meilleure répartition des moyens et d'en finir avec le financement au coup par coup », ajoute l'historien.

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© CNRS Photothèque/Fonds Historique

Jules-Louis Breton (avec la canne), directeur de l'ONRSI, et le physicien Aimé Cotton (à droite), devant le premier grand instrument français : l'électro-aimant inauguré en 1928 à Meudon.



En quelques années, Perrin mobilise les « troupes ». Sa « pétition pour la recherche française », qui porte la signature de plus de quatre-vingts savants, dont huit Prix Nobel2, lui permet en avril 1933 de convaincre le ministre de l'Éducation nationale d'établir un Conseil supérieur de la recherche scientifique. Cette instance, sorte de « Parlement de la science » qui représente toutes les disciplines « qui ont joué un rôle […] dans l'évolution de l'Humanité »3, est la première brique du futur CNRS. La deuxième, créée en 1935, sera la CNRS, Caisse nationale de la recherche scientifique, organisme purement financier chargé d'harmoniser les actions des différentes institutions préexistantes de soutien à la recherche.

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© CNRS Photothèque/Fonds Historique ; A.Cheziere/CNRS Photothèque

A gauche, un laboratoire de chimie dans les locaux de Meudon, à la fin des années 1930. A droite, Le même type de laboratoire, plus de soixante-dix ans plus tard…



« L'année suivante, Jean Perrin, devenu sous-secrétaire d'État à la Recherche, crée un Service central de la recherche scientifique qui a le pouvoir de fonder des laboratoires », reprend Denis Guthleben. Désormais, tout est là pour former le CNRS : une assemblée où débattre démocratiquement des questions scientifiques, une caisse de financement, et un organe gouvernemental d'exécution des décisions. Reste à les rassembler… « Cela n'arrivera qu'en 1939 : avec la déclaration de guerre à l'Allemagne, la nécessité d'unir les forces scientifiques françaises devient impérieuse. » Il faut dire que depuis la défaite de 1918, l'Allemagne a fait fructifier les travaux de ses chercheurs en matière d'armement. Tandis qu'en France, la recherche appliquée ne dispose que d'un Office national des recherches scientifiques et des inventions (ONRSI), principalement financé par les recettes du Salon des arts ménagers, et qui s'apparente plutôt à un concours Lépine géant. « Comme l'écrira un journaliste de l'époque, la mobilisation des laboratoires français équivaut à la constitution d'un nouveau régiment », commente l'historien. « Au lieu de les envoyer se faire décimer au front comme en 1914-18… »

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© CNRS-Institut Curie

Fréderic Joliot-Curie, ici avec sa femme Irène en 1935, année de leur prix Nobel de chimie. Il fut l'un des tout premiers boursiers de la Caisse nationale de la recherche scientifique, prémisse du futur CNRS dont le chercheur a pris la direction en 1944.



Le CNRS est créé le 19 octobre 1939. Ses chercheurs ne disposeront hélas que de neuf mois avant la débâcle pour contribuer à l'effort de guerre, en effectuant par exemple la désaimantation des navires français afin qu'ils cessent d'activer les mines magnétiques allemandes à leur passage. Après les heures sombres de l'Occupation, le CNRS sera réorganisé et vivra un très fort développement, surtout dans les années 1960. Jean Perrin reconnaîtrait-il les traits de son « enfant » aujourd'hui ? « Oui, car il a conservé sa mission première : coordonner, faire, et faire faire la recherche. Il a aussi gardé son ambition de s'intéresser à toutes les sciences en stimulant les recherches de pointe, ainsi que son esprit de liberté, souligné l'an dernier par Jean Weissenbach, médaillé d'or du CNRS », analyse Denis Guthleben. « En revanche, le CNRS a bien sûr énormément changé par sa forme et sa taille. »

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© CNRS/CFR

Haroun Tazieff, le célèbre volcanologue, ancien directeur de recherche au CNRS, prélevant un échantillon de lave dans une coulée de l'Etna.



Il est en effet passé d'un millier de personnes et d'une quarantaine de laboratoires essentiellement situés à Paris et Meudon en 1945, à environ 30 000 personnes et 1 100 Premier motlaboratoires dans toute la FranceDernier mot en 2009 ! « Du coup, cela le fait souvent passer pour un organisme trop gros, ingérable, alors que depuis soixante-dix ans il n'a jamais cessé de s'adapter à son contexte et aux attentes placées en lui. Il a subi des échecs, sans aucun doute. Mais ses réalisations, les progrès qu'il a permis et sa contribution à la science durant cette période ont été absolument immenses », conclut Denis Guthleben.
Charline Zeitoun


> Retrouvez toutes les manifestations sur
www.cnrs.fr/70ans

 > A lire :
Histoire du CNRS de 1939 à nos jours, par Denis Guthleben, Éditions Armand Colin, septembre 2009

Repères

19 octobre 1939
Création du CNRS par décret gouvernemental. Dans l'immédiat, il se concentre sur l'effort de guerre.

1940
Après la défaite, le CNRS est soumis au régime de Vichy et contraint d'appliquer les mesures anti-juives.

1944
À la Libération, Frédéric Joliot-Curie prend la tête du CNRS qu'il veut réorienter vers la recherche fondamentale.

1958
Avec l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, la recherche est érigée en priorité nationale et le budget du CNRS est doublé en deux ans.

1966
Création des laboratoires associés, ancêtres des unités mixtes de recherche (UMR). Celles-ci connaîtront un immense succès et représentent aujourd'hui la grande majorité des laboratoires du CNRS.

1975
Lancement du premier programme interdisciplinaire de recherches et création du département des Sciences pour l'ingénieur. Signature du premier contrat du CNRS, en tant qu'organisme, avec un gros industriel, Rhône-Poulenc.

1982
La loi d'orientation et de programmation de la recherche prévoit, entre autres, d'offrir aux chercheurs le statut de la fonction publique qu'ils obtiendront en 1984.

1999
La loi sur l'innovation encourage les chercheurs à créer leur propre entreprise. De nombreuses start-up voient le jour.

2009
Le CNRS dispose d'un budget de plus de 3,3 milliards d'euros.

Notes :

1. Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften (Société Kaiser-Wilhelm pour le développement des sciences).
2. Parmi eux, citons Henri Bergson (littérature, 1927), Marie Curie (physique, 1903 ; chimie, 1911), Louis de Broglie (physique, 1929).
3. Il s'agit de : mathématiques, mécanique, statistique et astronomie ; physique ; chimie ; biologie ; sciences naturelles ; histoire et philologie ; philosophie et sciences sociales.

Contact

Denis Guthleben,
Comité pour l'histoire du CNRS, Paris
denis.guthleben@cnrs-dir.fr


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