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Béatrice Chatel. Une femme d'impulsions

« J'ai flashé pour les manip' », se souvient Béatrice Chatel, trente-quatre ans, Médaille de bronze du CNRS 2005. Ce tout premier contact avec le Laboratoire Kastler Brossel, celui de sa thèse, l'a marquée à jamais. Avant même qu'elle mesure le prestige international de ses équipes. « Je voulais, explique-t-elle, me faire plaisir après l'école d'ingénieurs, en confrontant des concepts très fondamentaux de physique quantique à l'épreuve de l'expérimentation. » Aujourd'hui encore, chercheuse à Toulouse, au Laboratoire « Collisions, agrégats, réactivité » 1, elle est plus souvent en salle de manipulation qu'à son bureau. Spécialiste des lasers femtoseconde 2, ses travaux portent sur le contrôle des impulsions qui confèrent à ces instruments toute leur puissance. Et elle vient de recevoir le prix Irène Joliot-Curie, qui récompense un parcours exemplaire de jeune scientifique. Entendez scientifique au féminin. « J'aime bien faire partie d'une minorité. J'essaie d'en tirer profit plutôt que de me mouler dans le cadre masculin ! », précise d'emblée Béatrice Chatel, un brin provocatrice et malicieuse. Car malgré une certaine progression, les femmes restent minoritaires dans la recherche 3. Et dans une discipline comme la physique, leur présence stagne à tout juste 17 % ! « Quand j'étais étudiante à l'École supérieure d'optique, on était 6 filles sur 60. » En même temps, elle est fascinée, grisée, dopée, par l'optique. Elle a l'impression de vivre « la science en marche » ! Sa thèse terminée, elle devient maître de conférences à l'université Paul Sabatier de Toulouse, enchaîne avec un court passage au Laboratoire d'optique appliquée, puis décide de se consacrer pleinement à la recherche, au CNRS. Concours réussi, elle joue de ses atouts d'opticienne pour s'insérer dans « l'équipe femto » de son laboratoire toulousain.

Son dada, c'est l'« ultracourt ». Elle s'intéresse tant et si bien à ce laser d'un type nouveau qu'elle coordonne le réseau national des technologies femtoseconde du CNRS. Une communauté très hétéroclite, qui rassemble physiciens, chimistes, biologistes, médecins, géologues… intéressés par son utilisation en recherche fondamentale, ou par des applications très pratiques. Ainsi, ce laser peut servir aussi bien à étudier les interactions entre la lumière et la matière, la structure des molécules et la chimie des interfaces… qu'être utilisé dans les télécommunications, en médecine, pour un micro-usinage industriel… « Il véhicule tellement d'énergie en un temps si infime qu'il peut volatiliser toute la matière ! » Même Luke Skywalker n'en imaginait pas tant ! Décidée, elle garde le cap. « Jamais je ne me suis dit que je ne pourrais pas faire ce métier car je suis une femme. Je me suis dit que cela poserait peut-être problème le jour où j'aurais des enfants. » Et des enfants, elle en a trois. La différence ? « Une mère de famille doit être plus organisée. Je vais droit au but sans me laisser divertir. Cela peut être un handicap pour les idées nouvelles ; car vous avez souvent le cerveau occupé par un rendez-vous chez le pédiatre, une réunion de parents d'élèves… » Pourtant, des études récentes ont montré que les chercheuses mères de famille publient légèrement plus que les autres 4. Alors ? « Là n'est pas le plus important ! », conclut Béatrice Chatel. Au risque de ne pas être politiquement correcte, elle avoue que « s'il faut défendre quelque chose, c'est davantage la science auprès des plus jeunes que la place des femmes dans la recherche. La physique a du mal à être connue du grand public. À moi de la promouvoir et de susciter des vocations ! ». Ambassadrice de la physique, elle l'est assurément. Quand, bénévole pour « L'école à l'hôpital », elle s'ingénie à distraire par ses leçons de physique des enfants malades. Quand, auprès des écoles ou dans le cadre de l'exposition « Du laser au Soleil », elle présente des expériences d'optique simples et « visuellement parlantes ». Car, comme le disait Aristote, au commencement des sciences est l'étonnement…


Magali Sarazin

 

 


 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Paul Sabatier Toulouse-III.
2. 1 femtoseconde = 10-15 seconde, soit 1 millionième de milliardième de seconde. Créé dans les années quatre-vingt, le laser femtoseconde émet de la lumière par flashs extrêmement courts. Il permet d'accéder à des dimensions temporelles de l'ordre de la vibration d'une molécule.
3. Elles représentent 33 % des effectifs de chercheurs du secteur public et 20 % du secteur privé. Consulter le site web
4. Ilana Löwy d'après Harriet Zukerman et Jonathan Cole, in Les femmes dans l'histoire du CNRS : Consulter le site web

Contact

Béatrice Chatel
Laboratoire « Collisions, agrégats, réactivité », Toulouse
beatrice@irsamc.ups-tlse.fr


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