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Astrophysicien

Pierre Drossart

Le jongleur de planètes

"Une planète est un objet passionnant : il y a là toute la physique"

« Voilà, c'est ici que nous avons construit l'appareil qui tourne en ce moment autour de Mars… » Quand il vous parle de ses travaux, Pierre Drossart a des étoiles dans les yeux. Directeur de recherche au Lesia (1) de l'Observatoire de Paris, cet astrophysicien de 48 ans participe depuis vingt ans à la plupart des grandes missions d'exploration spatiale : de Galileo à Rosetta, de Mars Express à Cassini, Pierre Drossart apporte à chaque fois son savoir-faire en matière d'instrumentation. Le scientifique est ainsi l'investigateur principal de l'instrument VIRTIS de la mission Venus Express qui décollera à l'automne 2005.

 

Sa spécialité ? La spectro-imagerie infrarouge2 qui permet d'établir la composition de l'atmosphère d'une planète, d'en connaître la météorologie ou de cartographier avec précision sa surface : une science qu'il exerce aussi grâce aux observations au sol, notamment sur le Very Large Telescope implanté au Chili. À son palmarès, de multiples avancées sur les atmosphères planétaires dont celle de Jupiter ou de Mars et ses fameuses poussières. Depuis peu, Pierre Drossart s'intéresse également à la fluorescence3 de ces atmosphères qui permet de visualiser les couches les plus hautes, les mésosphères. 

 

Pourtant, le parcours de ce brillant chercheur aurait pu être tout autre. Né à Lille dans une famille « plutôt littéraire », il a treize ans quand il assiste aux premiers pas de l'homme sur la Lune, un événement qui consacre son intérêt pour les sciences et qui, visiblement, l'émeut encore. Va pour la recherche ! Ce sera tout d'abord la physique des plasmas : « Je faisais de la recherche fondamentale sur les lasers à électrons libres, mais les applications m'ont inquiété, raconte Pierre Drossart de sa voix douce. Elles étaient trop militaires ! » Il change alors d'atmosphère et entreprend une thèse d'État sur les premiers enseignements de la sonde Voyager sur Jupiter. Des travaux qui marquent le début de son idylle avec les planètes et l'amènent à intégrer le CNRS en 1984. « Une planète est un objet passionnant : il y a là toute la physique ! », explique-t-il. Les missions et les observations s'enchaînent, les résultats aussi. Pierre Drossart jongle avec les planètes mais avoue un petit faible pour Jupiter, son premier amour, ainsi que pour Saturne et son satellite Titan que visitera le module Huygens en janvier 2005, dans le cadre de la mission Cassini. « Titan a une atmosphère unique qui ressemble un peu à celle de la Terre, avec beaucoup d'azote », précise-t-il. Et si « ses » instruments parcourent l'espace, Pierre Drossart se contente de la planète bleue, lui que les collaborations internationales ont promené ce mois-ci d'Amsterdam à Venise via Washington. « Ce n'est pas tous les mois comme cela », plaisante celui qui vénère le travail en équipe et pour qui « l'astrophysique est aussi une science humaine ».

 

Saturne

© CNES


 

Mais quand il parle de l'avenir, le directeur de recherche fronce les sourcils sans toutefois se départir de sa quiétude : « Nous sommes à un tournant scientifique que nous ne pourrons peut-être pas assumer », lâche-t-il. Explications : jusqu'ici, les scientifiques ont fait ce qui était « relativement facile », comme déterminer la pression sur Mars par exemple. « Aujourd'hui, nous étudions nos planètes géantes avec les planètes extrasolaires en point de mire, poursuit le chercheur. De même, la composition d'une comète va nous intéresser, car il y a des analogies avec le milieu interstellaire ». Un programme qui réjouirait notre passionné s'il n'y avait cette ombre au tableau : « Nous ne pouvons plus garder nos jeunes chercheurs et ingénieurs. À ce rythme, nous ne saurons bientôt plus fabriquer les instruments actuels dans les laboratoires publics ». Conscient que sa discipline fait rêver, ce père de famille souhaite la partager avec le plus grand nombre, comme le prouve l'exposition montée avec ses collègues du Lesia (voir exposition). « La vulgarisation fait partie du métier, précise-t-il. Ce genre d'événements sert un peu de contrepoids aux publications en anglais réservées aux spécialistes ». Les amateurs des bars des sciences connaissent bien son visage et l'entendent souvent répondre à cette accusation : les Américains feraient tout le travail. « Faux, certifie le chercheur avec pédagogie. Trois grandes missions planétaires actuelles, Mars Express, Rosetta et Venus Express, sont européennes ». Si les scientifiques sont parfois dans leur monde, Pierre Drossart est décidément très à l'aise sur sa planète.

 

Matthieu Ravaud

Notes :

1. Le Laboratoire d'études spatiales et d'Premier motinstrumentation en astrophysiqueAller au mot suivant de Meudon est commun au CNRS, à l'Observatoire de Paris et aux Aller au mot précédentuniversités ParisDernier mot 6 et 7.
2. Analyse et cartographie des composants d'un corps par leur spectre dans l'infrarouge.
3. Émissions de lumière dues à des transitions de molécules d'un état excité vers leur état fondamental, en milieu peu collisionnel.

Contact

Pierre Drossart, Lesia, Meudon, pierre.drossart@obspm.fr


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